CLELIA linguistique et littérature

5 July 2011

Résumés des exposés libres et ateliers

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Elisabeth Piazza. « L’insinuatio ou l’exorde indirect chez Martianus Capella »

À la suite du De inuentione de Cicéron et de la Rhétorique à Hérennius, les traités de rhétorique latins distinguent deux types d’exorde : un exorde direct (principium), qui assume ouvertement sa fonction de concilier l’auditeur, et un exorde indirect, détourné, (insinuatio en latin, ephodos en grec), auquel l’orateur doit recourir lorsque l’auditeur risque, pour différentes raisons, de ne pas écouter favorablement le discours. L’exposé que Martianus Capella consacre à la rhétorique au livre V des Noces de Philologie et de Mercure présente sur ce point l’intérêt de contenir quelques éléments d’orignalité. Aucun autre traité ne fait figurer les interventions hostiles du public dans la liste des situations qui réclament un exorde indirect. Notre communication se propose d’analyser la définition, la liste des cas d’emploi et des procédés de l’insinuatio chez Martianus Capella. Une étude comparée des différents témoins de cette théorie visera à dégager les principes d’élaboration des traités de rhétorique latins tardifs et à mettre en évidence la spécificité de la méthode de Martianus Capella. Le nom insinuatio et le verbe insinuare apparaissent par ailleurs dans plusieurs passages de transition des Noces de Philologie et de Mercure. L’emploi rhétorique du terme insinuatio et les préceptes qui lui sont associés dans le livre V fourniront un point de départ à l’analyse et à l’interprétation de ces différentes occurrences, pour lesquelles il est souvent difficile de trouver une traduction française exacte.

Claire Lefeuvre. « Quand les Grecs réinterprétaient Homère : conséquences littéraires de l’évolution linguistique. »

L’évolution linguistique a une influence directe sur la compréhension d’Homère qu’avaient les Grecs de l’époque classique. Un changement sémantique peut faire naître une nouvelle métaphore, un changement dans la forme d’un mot peut entraîner une réinterprétation qui aura des conséquences sur la caractérisation d’un personnage (par exemple), etc. On tâchera de montrer à travers quelques exemples comment, quand la linguistique fait retrouver le sens ancien sous un sens qui s’en est parfois considérablement éloigné, on peut accéder à une version d’Homère inconnue des auteurs classiques, et envisager les conséquences de cette évolution pour l’œuvre elle-même et pour la littérature classique qui s’en inspire.

Elodie Romieux-Brun. « Les Perses chez Chariton et Héliodore: entre fiction et Histoire »

La représentation des Perses dans les romans grecs, et tout particulièrement dans le Roman de Chairéas et Callirhoé de Chariton et dans Les Ethiopiques d’Héliodore, répond aux ambitions romanesques des deux œuvres: faire voyager, présenter des pays lointains et exotiques, et offrir au lecteur une intrigue amoureuse riche en rebondissements. Elle est en effet largement influencée par les images traditionnelles de l’Orient, de luxe, goût pour la débauche et cruauté,  véhiculées par la littérature grecque depuis la période classique.

Cependant, nous aimerions montrer que les romanciers ne se contentent pas de reprendre une série de lieux communs romanesques. Ils font tous deux référence à des événements historiques qui font intervenir différentes périodes majeures de l’histoire des Perses, comme les guerres médiques, la conquête de l’Egypte sous Cambyse et les révoltes égyptiennes, ainsi que les guerres d’Alexandre. Ils se servent alors de la proximité entre l’intrigue du roman et des événements impliquant des personnages historiques, comme différentes figures de Grands Rois (Artaxerxès, Cambyse), ou encore Alexandre, pour aborder à leur façon, sous l’angle de la fiction historique, une réflexion politique sur l’exercice du pouvoir. Ils reprennent, de façon assez inattendue au premier abord, des thèmes et des personnages présents dans des œuvres d’historiens et font écho à ces œuvres en élaborant des éléments de pensée politique.

De plus, la perspective historique dans laquelle s’inscrit la réflexion des romanciers s’articule à une perspective plus contemporaine. La référence à un empire perse du passé permet en réalité aux deux romanciers, de façon très différente dans les deux œuvres, de faire entrer les romans en résonance avec des problématiques de leur époque, à savoir la confrontation des Grecs avec l’empire romain, face auquel les intellectuels grecs veulent construire, mettre en avant l’identité culturelle grecque.

Nous nous proposons donc d’étudier comment les romanciers articulent fiction et Histoire, et s’approprient de façon originale un thème historique et politique à travers une relecture de textes d’historiens pour proposer de façon indirecte une véritable réflexion politique, en lien avec les problématiques de leur époque.

AUTOUR DE LA QUESTION DU GENRE:

Sophie Rabau. « Reconnaissance et lecture intéressée »

Je  propose à l’occasion de ce « TD » de croiser deux catégories expérimentales qui intéressent et notre rapport à l’Antiquité et, de manière large, les études gays et lesbiennes :  la « reconnaissance » d’une part, la « lecture intéressée » d’autre part. J’ appelle « reconnaissance » tout rapport à la culture c’est-à-dire, essentiellement, à la littérature,  antique, fondée par la reconnaissance par l’interprète de catégories qui sont clairement les siennes dans un objet esthétique d’une époque passée. Ainsi par exemple de la reconnaissance de la Science-Fiction chez Lucien, ou de la reconnaissance d’un Pollock sur une fresque de Fra Angelico (Didi-Huberman) .  J’appelle « lecture intéressée » un type de lecture ou d’appréhension d’un objet esthétique lié à l’appartenance de l’interprète à une minorité sexuelle, au sens où la minorité sexuelle est l’objet et d’une sous-représentation et d’un non-dit social et culturel : par quoi, tout interprète gay et lesbien est susceptible d’une surinterprétation qui est en quelque sorte légitimée par la sous- représentation et/ou le secret qui accompagne la représentation de l’homosexualité. Le point commun entre la reconnaissance et la lecture intéressée réside évidemment dans le déplacement radical  de l’objet au sujet dans l’exercice de l’interprétation et dans sa validation. En interrogeant, à titre heuristique, la question homosexuelle dans l’Antiquité  à travers ces deux catégories, nous entendons donc nous demander non pas ce qu’il en est « vraiment » de ce que nous appelons homosexualité dans l’Antiquité, mais bien ce qui est reconnaissable et/ou lisible avec intéressement dans le corpus antique  de l’homosexualité. En d’autres termes, nous proposons de voir dans la question de l’homosexualité dans l’Antiquité un cas particulier et peut-être paradigmatique de ce que pourrait être un rapport à l’Antiquité fondée sur une subjectivité assumée, mais non pas pour autant arbitraire.

Nous proposons de travailler de la manière suivante :

1)    Avant ou durant la Session seront transmis aux éventuels participants un ensemble de textes théoriques qui permettront  d’élaborer plus précisément les notions de reconnaissance et de lecture intéressée

2)    Durant le TD ces textes seront présentés et discutés. Puis dans un deuxième temps, on tentera quelques exercices de lecture intéressée et/ou de reconnaissance. Les éventuels participants pourront évidemment proposer des lectures de texte, permettant d’infléchir, de discuter voire de confirmer les hypothèses.

Peggy Lecaudé. « Troubles dans le genre grammatical : le De lingua Latina de Varron »

Faut-il dire « Madame la ministre » plutôt que « Madame le ministre », faut-il ajouter   un –e à auteur ou à professeur et parler de maîtresse de conférence ou de metteuse en scène lorsque ces fonctions sont tenues par des femmes ? Autrement dit, faut-il nécessairement que coïncident genre grammatical, genre lexical (ou forme du mot) et genre « naturel » (ou sexe du référent, lorsque celui-ci en est pourvu) ? Et comment expliquer, et accepter, qu’ils ne coïncident pas et que, par exemple, la petite fille allemande soit dénotée par un nom neutre (Mädchen), que la femelle du serpent ne s’appelle pas la serpente ou que le mâle de la colombe ne soit pas le colomb ?

Varron, le premier grammairien latin dont nous ayons conservé quelques textes, se posait déjà le même type de questions et s’étonnait qu’un homme libre pût avoir un nom « de forme féminine » (muliebri forma) comme Perpenna, ou que la paroi et le sapin, bien que tous les deux « neutres par nature », fussent dénotés l’un par un nom masculin (paries), l’autre par un nom féminin (abies), alors même que ces noms étaient similaires par leur forme.

Tentant de concilier les positions extrêmes des « analogistes », qui conçoivent la langue comme un système au sein duquel règne la ressemblance (similitudo) et considèrent ses irrégularités comme des « erreurs » (culpae), et des « anomalistes », pour lesquels la langue est une collection de faits disparates où règne au contraire la dissemblance (dissimilitudo), Varron présente une conception du genre grammatical originale, fondée davantage sur le modèle de l’ordre social que sur celui de l’ordre naturel. Ainsi, les noms ont chez lui un genus uirile, muliebre ou neutrum plutôt qu’un genus mas, femina ou neutrum (les adjectifs masculinus et femininus, qui seront employés systématiquement par les grammairiens latins plus tardifs, sous l’influence du vocabulaire grec, ne sont pas attestés dans le De lingua Latina), ce qui lui permet d’expliquer qu’un mot de genre masculin puisse se « travestir » en revêtant une « tunique de femme » (tunica muliebris), comme les acteurs au théâtre, sans remettre en cause la cohérence du système et l’immuabilité du genre « naturel » qui, lui, ne peut aucunement « transiter » (transire) : un mâle (mas) reste mâle, une femelle (femina) reste femelle, un neutre (neutrum) reste neutre.

Renaud Viard. « Problèmes d’accord concernant les substantifs animés de genre neutre en grec ancien »

Je propose, sous la forme d’un atelier, d’examiner quelques exemples d’accord en grec ancien de substantifs neutres désignant des animés (Platon, Euripide, Sophocle, peut-être Lysias et Xénophon) comme teknon, paidion, meirakion, etc. La situation est rien moins que claire!

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